L’économie sociale comme contrepoids à l’agriculture de capitaux

7 juillet 2026 - ESSOR 02

Dans le cahier agroalimentaire d’Informe Affaires de l’an dernier, un article signé par Karine Boivin Forcier mettait en lumière un risque pour le modèle agricole québécois : la montée de l’agriculture de capitaux et la concentration des terres.

En s’appuyant sur les travaux de l’IREC, la journaliste relevait notamment la concentration croissante du foncier entre les mains d’acteurs disposant de capitaux importants, la difficulté accrue pour la relève d’accéder à la propriété, ainsi qu’un certain éloignement entre les activités agricoles et les communautés locales. Ces dynamiques soulèvent des enjeux bien réels pour le renouvellement des entreprises agricoles et l’occupation du territoire, et invitent à déplacer le regard. Au-delà du diagnostic, la question est de savoir comment notre écosystème peut agir lorsque des terres deviennent accessibles, plutôt que de subir ces transformations.

Le modèle agricole québécois, tel que décrit par l’IREC, repose sur des entreprises de petites et moyennes tailles détenues par des propriétaires-exploitants qui possèdent, exploitent et habitent leur terre. Ce modèle a longtemps assuré un lien étroit entre l’agriculture et les communautés. Aujourd’hui, dans un contexte de concentration des terres et de hausse des coûts d’acquisition, il ne s’agit pas simplement de préserver ce modèle, mais de le faire évoluer. Cela suppose de développer des façons d’intervenir lorsque des parcelles se retrouvent sur le marché, en permettant notamment aux acteurs locaux de se positionner comme acheteurs ou partenaires, afin qu’elles demeurent accessibles et ancrées dans leur milieu.

L’économie sociale, qui regroupe des modèles d’affaires collectifs tels que les coopératives, les organismes à but non lucratif exerçant des activités marchandes et les mutuelles, constitue un levier important à cet égard. Par son cadre, elle intègre des critères de gouvernance démocratique, d’ancrage et de retombées collectives directes. Soutenue par des politiques et renforcée par l’écosystème de développement économique, elle a le potentiel de limiter la logique strictement marchande dans l’accès au foncier. Ce qui peut faire la différence, c’est la capacité des milieux à se mobiliser au bon moment. Développer ce réflexe collectif devient essentiel pour saisir les occasions qui se présentent et éviter qu’elles échappent aux communautés.

À ESSOR 02, nous travaillons à renforcer cette capacité d’action en accompagnant les milieux, en soutenant le développement de projets collectifs et en favorisant l’émergence de solutions adaptées aux réalités régionales. Faisons en sorte que les conditions soient réunies pour qu’une nouvelle génération puisse s’établir et que l’agriculture demeure bien vivante au cœur du territoire.

Publié dans le numéro de juillet 2026 du journal Informe affaires.

Crédit photo : pascalpicard.ca

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